Généralités » Dossier : Overwatch, un nouvel univers Blizzard 17 ans après Starcraft

Posté par Thibaut , Odrel . Màj


Il y a peu, je regardais la cinématique d’introduction d’Overwatch, publiée un an plus tôt. Encore une fois, je me faisais la réflexion qu’on ne dirait pas un jeu Blizzard.

Depuis longtemps, Blizzard créé des univers. Les vieux de la vielle ont connu Blackthorne ou les Vikings perdus, les chandelles de Diablo II, et les riches univers des deux « Craft », devenus des pierres angulaires d’une décennie vidéoludique. Et voilà Overwatch. Shooter PvP nerveux, bataille urbaine, style futuriste anticipatif, inspiration des comics… « C’est vraiment un jeu Blizzard ? » pourrait-on se dire devant ce trailer qui pourrait être celui d’une nouvelle série animée à la Star Wars : The Clone Wars. La réponse est là : ce qui frappe dans Overwatch, c’est l’univers du jeu ! Qui aurait pu prévoir qu’une toute nouvelle licence aurait cette allure ?


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Blizzard n'avait plus créé d'univers depuis Starcraft, il y a 17 ans.

A l’heure où l’on ne connait d’Overwatch que quelques cartes très bien soignées, une petite vingtaine de personnages avec leur gameplay propre, quelques teasers, un semblant de cadre narratif et une paire de cinématiques, quelle pourrait être l’ambition de l'univers d’Overwatch et de sa place dans la création Blizzard.


Blizzard aime développer des univers, c’est un fait

Depuis les années 1990, chaque nouvelle grande licence de la firme dépasse largement du cadre du simple jeu pour se décliner en courtes nouvelles, en jeux de cartes, en sous-licences, en films ou, comme nous le rappelions il y a peu, en livres. Overwatch échapperait à la règle ? Certainement pas !

Jeff Kaplan, directeur d’Overwatch et l’un des concepteurs du monde de WoW à ses débuts, disait en août à la Gamescom : « Nous réalisons davantage que ce qui est nécessaire à première vue. Nous pourrions y trouver une excuse pour devenir paresseux, mais ce n’est pas qu’un shooter PvP que nous sommes en train de créer. Nous pensons loin dans le futur pour Overwatch, à savoir que nous voulons créer un univers aussi riche que celui de StarCraft, Warcraft ou Diablo, que nous pourrions explorer durant des années et des années, potentiellement dans d’autres genres de jeux. »


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Jeff Kaplan, membre historique de Blizzard, donne l'impulsion directrice Overwatch.

L’immersion du joueur est perçue comme un élément capital du succès. En mars 2015, Kaplan confiait à Polygon au sujet de la fabrication d’univers : « Nous voulons qu’un univers soit engageant pour les joueurs, qu’ils veulent y vivre et en être les héros ». Les derniers nés Hearthstone et Heroes of the Storm, en s’affranchissait de toute narration, ont coupé avec cette dynamique. Overwatch renoue avec cette idée.


Pas trop tôt, la nouveauté !

Car si Overwatch surprend tant, c’est pour une originalité bien particulière qu’on ne connaissait plus à Blizzard : c’est le premier univers que Blizzard monte de toutes pièces depuis… 17 ans ! Cela nous ramène en 1998, année où l’immense StarCraft débarquait sur nos ordinateurs. Depuis lors, deux nouveaux Diablo sont parus, StarCraft s’est enrichi d’une extension et d’un deuxième opus tripartite, Warcraft s’est développé en le MMORPG le plus populaire de tous les temps qui connaîtra bientôt sa sixième grande extension... Parmi les parutions les plus récentes, Hearthstone est indissociable de l’univers de Warcraft, qui lui fournit l’intégralité de ses briques constitutives, tandis que Heroes of the Storm n’est autre qu’un creuset où se fondent l’intégralité des univers Blizzard sans que l’histoire et l’univers n’aient réellement d’importance.

Ces derniers temps – et le CEO Robert Kotick ne s’en est jamais caché – Blizzard Entertainment a choisi de capitaliser sur ses franchises existantes et de les développer, de les étendre, pour produire de nouveaux contenus plutôt que de chercher la nouveauté. A l’image des deux dernières productions, plutôt que des univers particulièrement bien soignés et des histoires riches, c’est l’aspect de l’exploitation commerciale qui est devenu particulièrement prégnant, avec l’adoption d’un modèle économique free-to-play et boutique en ligne et l’absence notable de la narration.

Ne serait-il pas temps, à l’aube de 2016, alors que le grand World of Warcraft montre des signes de vieillesse avancée, d’en revenir à quelque chose de vraiment nouveau, un sang neuf qui renouvelle le public des jeux Blizzard ?


Essaie de passer derrière World of Warcraft…

Difficile de faire fi du si grand héritage d’un univers développé sur trois décennies qui continue encore aujourd’hui d’étoffer son histoire monumentale. Celui qui débarquerait aujourd’hui dans l’univers de Warcraft ne devra pas compter ses nuits blanches pour parvenir à en faire le tour ! Mais Kaplan assure qu’il ne voit pas l’univers d’Overwatch comme un Azeroth déjà bien complet, mais plutôt comme le monde de Warcraft 1 ou 2.

« Chaque fois que nous démarrons un nouveau projet, notre considération première est Warcraft, StarCraft et Diablo. Nous avons tant investi dans ces univers. Nous les connaissons sur le bout des doigts. Il reste tant de choses que nous voudrions faire pour eux, de régions que nous voudrions explorer. De ce fait, c’est une tâche très intimidante que de se risquer à penser hors de cette zone bien définie. Mais je crois que la qualité d’un développeur passionné de Blizzard est un certain goût pour les nouveaux défis. »

L’équipe ne peut pas prédire de quelle manière leur monde s’enrichira, tout comme les premiers à travailler sur Warcraft 3 n’auraient su deviner l’ampleur de leur licence vingt ans plus tard. Peut-on prédire à Overwatch un destin similaire ?

« Nous n’en sommes qu’à préparer le terrain. Nous aimerions un univers qui soit profond et riche et soit capable de supporter un jour un World of Warcraft. Mais il faut permettre aux joueurs de tisser un lien avec l’expérience de jeu et de s’éprendre pour les personnages, les lieux et leurs histoires. […] Nous avons ressenti quelque chose de similaire avec WoW. » Un rapprochement complètement innocent ?


Overwatch, lui-même un dérivé de projet de MMO avorté ?

Dans une interview pour Polygon, le même Kaplan indique « qu’il y a définitivement une inspiration de Titan. »

Souvenez-vous de ce mystérieux projet Titan, ce mystérieux prochain MMO annulé après sept années de développement. Blizzard l’avait annoncé comme un jeu gigantesque conçu pour être comme World of Warcraft. On se souviendra aussi que des anonymes ayant travaillé dessus l’ont décrit comme « un MMO dans lequel les joueurs PC pouvaient avoir un travail et s'affronter en parallèle dans des matchs à mort dans une version science-fiction de la Terre ». L'histoire de Titan devait se dérouler sur la Terre d’un futur proche où les humains venaient de repousser avec succès une invasion alien. Les joueurs auraient pu, entre des phases de « vie normale », se changer à la manière d'un super héros et aller combattre pour sa faction dans un monde gigantesque où seraient ajoutées par extension des zones supplémentaires au fur et à mesure. Les joueurs auraient pu sélectionner des classes comme Reaper, Jumper, Titan, Ranger et Juggernaut qui avaient toutes leurs propres capacités spéciales de combat et objets. Tous les témoignages s'accordent à dire que le jeu se rapprochait de Team Fortress en terme d'esthétique et de gameplay. L'un d'eux parle même d'un mélange entre les cinématiques en jeu de Starcraft 2 et le film d'animation Les Indestructibles de Pixar.

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Hormis quelques images conceptuelles, on sait bien peu de choses de l'aspect visuel de Titan.

Super-héros spécialisés avec des pouvoirs uniques, monde moderne, problème global majeur, ambition de grandeur pour le jeu, patte graphique très cartoonesque… Beaucoup de points communs qui étayent l’idée d’un recyclage du projet de MMO Titan dans Overwatch ! D’autant plus qu’une certaine partie de l'équipe de Titan serait toujours intacte, et ce malgré l'annonce de l'abandon du jeu.

Overwatch – licencié en avril 2014 – et Titan – annulé en septembre de la même année – seraient pourtant bien distincts, comme le précise Kaplan : « Après le reboot de Titan, Overwatch a été commencé à partir du néant ». Selon lui, l’équipe aurait surtout appris ce qu’il ne faut pas faire lors de leur travail sur le projet de MMO. Clairement, on ne nous dit pas tout. Mais l’ambition n’est-elle pas moindre ?


C’est un shooter ! On s’en fiche de l’univers, non ?

Certes, Overwatch demeure un shooter, un genre dans lequel la narration n’est pas censée occuper une place prépondérante. A la Blizzcon 2014, Blizzard indiquait qu'il n’existerait même pas de mode de jeu solo lié par une histoire cohérente, du moins pas à la sortie du jeu. La place pour l’univers semble restreinte à la richesse des visuels, au développement des personnages… A moins qu’un mode de jeu original et inattendu ne voie le jour.

Nous sommes bien loin des genres du (MMO)RPG ou du RTS où chaque phase de jeu est généralement connectée à la suivante par un lien narratif s’inscrivant dans une trame globale : briefing de mission, quête, cinématique… Des titres s’appuyant sur l’exploration d’environnement, sur l’échange avec des personnages non joueurs, ne peuvent qu’encourager le développement d’un univers riche et cohérent – pensons aux sagas Elder scrolls, Dragon Age, The Witcher, à The Secret World, mondes faits de centaines d’histoires annexes, de livres à lire, de chansons à écouter, de liens affectifs avec les compagnons, de cinématiques dialoguées interactives… Ici, même pas le temps de s'arrêter dans un coin pour admirer le paysage sous peine de headshot ! S’il est juste question de tirer sur les adversaires de manière nerveuse pour remplir un objectif, en quoi créer un univers riche est-il si important ?

« World of Warcraft, c’est un peu dix jeux en un seul. Je pense qu’Overwatch sera en quelque sorte une expérimentation pour nous. Nous verrons où cela nous mène. » a dit Kaplan. « Je ne veux pas donner l’impression qu’Overwatch vivra durant 30 ans et qu’il se déclinera en 30 jeux, mais nous pourrions considérer cette position si jamais le jeu est un succès. »

Des dires de Kaplan, Overwatch en tant que shooter n’est qu’un début, car la volonté de son équipe n’étant pas de se restreindre à l’étendue d’un simple jeu de tir. Son univers a des points forts à cultiver et à mettre en avant.


Car oui, l’univers Overwatch pourrait être original

De ce qu’on en sait, le jeu se déroule dans une version romancée de la Terre d’un avenir proche faisant face à une crise globale. L’Overwatch, une sorte de force de paix type Nations Unies, a été dissoute, laissant ses membres seuls face aux menaces de la planète.

Loin du space opera de Starcraft ou de la fantasy médiévale au bestiaire étendu de WoW, Blizzard n’avait jamais abordé un univers futuriste et anticipatif empreint de notre époque dans ses racines profondes. D’ailleurs, Blizzard n’a jamais créé un jeu se déroulant sur… notre planète ! « Dit comme ça, cela peut paraître étrange, mais que pouvons-nous tirer d’enthousiasmant de la Terre ? » explique Jeff Kaplan. « Lorsqu’il a été question d’explorer ce monde, nous nous sommes vraiment concentrés sur des questions comme quelle serait la vision ‘Blizzard’ de l'Afrique, [de l'Égypte, du Japon,] à quoi ressembleraient-ils ? »

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Numbani, ville high-tech vouée à la cybernétique.

Pour ce faire, le travail du Concept artist Peter Lee aurait été crucial dans cette volonté de passer par le prisme de l’imagination des lieux et cultures de notre monde pour en faire quelque chose de nouveau. A titre d’exemple, pensez à la métropole africaine de Numbani, lieu d’un champ de bataille du jeu : la cité est décrite comme la plus avancée technologiquement au monde, un hommage aux relations humain-robot. En encore au combattant Brésilien Lucio : n’est-il pas une relecture contemporaine et originale du rôle du barde ou du ménestrel des jeux que nous connaissons depuis (presque) toujours ?

Selon Kaplan, l’équipe s’est rapidement affranchie du photoréalisme et de l’instinct de reproduire le modèle classique de la ville américaine pour imaginer un futur plus radieux, qui suscite l’inspiration. Grands ensembles, couleurs vives… Nous voilà à des années lumières des cierges de Diablo !


Un univers qui sert un message ?

Fait notable, Overwatch est une célébration de l’internationalisme. Pour l’heure, treize nations sont clairement identifiées parmi les héros d’Overwatch, et il y a fort à parier que les prochains héros seront associés à des pays pas encore exploités, amenant à un patchwork planétaire des nationalités. A l’image de cette volonté, le visuel d’annonce des deux derniers héros du jeu a été soigneusement personnalisé pour les langues majeures de la communauté des joueurs. Seul l’avenir nous dira s’il ne s’agit que d’un procédé marketing pour tenter de séduire un public international ou une véritable intention de soutenir une conviction « humaniste », d’envoyer un message à notre propre époque.

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Pas une simple traduction, mais une personnalisation. La recherche d'une sorte de cosmopolitisme ?

Car des temps comme les nôtres, pétris de terrorisme, chômage, maladie, désastre climatique, tension internationale, où les journaux télévisés ne sont qu’une suite inexorable de calamités et d’un décompte de victimes, le message d'Overwatch est une sorte de contre-courant ? C’est certainement cela qui m’a interpellé en visionnant cette cinématique.

« Le monde aura toujours besoin de héros », dit la phrase culte d'Overwatch. De personnes capables d'insuffler l'espoir. Après l’échec des institutions pour la paix, le temps de l’humanité qui se serre les coudes ? Le message est peut-être naïf. Saluons au moins la volonté de partir sur un postulat positif. Oui, on en a besoin.


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